Matthieu Quinquis
@M_Quinquis
Wed Jun 02 13:40:30 +0000 2021

En 2021, un président de tribunal de police sermonne un mineur évoquant les discriminations dont il fait l'objet de la part de la police nationale. "Il n'y a pas de fumée sans feu", lui assure-t-il.

Le feu c'est sa couleur de peau donc.

Mon client a fait l'objet de 28 contraventions dans un temps restreint. Il se plaint d'être devenue une cible pour les policiers.

"Ils savent que mes parents paieront. Je ne suis même plus contrôlé, ils restent dans leur voiture. On découvre les amendes des semaines après."

Les infractions ? Les classiques : "abandon de déjection hors des emplacements autorisés", "tapage ou bruit injurieux" "dépôt sans autorisation d'ordures".

Elles sont systématiquement relevées par paquet de deux ou trois.

En matière de contravention, le procès-verbal fait foi jusqu'à preuve contraire. C'est la loi qui le prévoit. Tout ce que les policiers constatent est vrai, jusqu'à ce qu'on rapporte par écrit ou témoignage que cela est faux.

Ils ont un boulevard devant eux.

Les policiers trouvent dans l'usage abusif des contraventions de nouvelles méthodes de harcèlement... et de violences envers les jeunes des quartiers.

Loin des caméras, protégée de toute image, ils s'acharnent sur de jeunes gens qu'ils assomment de contraventions.

Souvent les contraventions ne sont jamais notifiées. Elles arrivent alors majorées. Pour ces infractions, on passe automatiquement de 68 à 180 euros. La note devient vite salée.

Il est possible de contester en saisissant l'officier du ministère public et en demandant à comparaître devant le tribunal de police. Avec le risque de voir la somme portée à 450 euros.

Mineur, l'assistance d'un avocat sera alors obligatoire.

Alors souvent ils renoncent. Laissent tomber. Abandonnent. Ils attendent que le Trésor public viennent frapper à la porte de leurs parents et saisissent sur leur compte ce qu'il y a à prendre.

Pour mon client, chaque sortie dans la rue, pour aller au lycée, au supermarché ou au stade, était un risque financier qu'il faisait porter à ses parents.

Il doit aujourd'hui plusieurs milliers d'euros à l'administration publique. Il a renoncé à ouvrir un compte bancaire.

Devenu majeur, il craint pour son avenir. A 18 ans, il a un boulet au pied et des policiers dans le dos. Il voulait le faire savoir à la justice en exprimant calmement son ressenti.

Mais non, sa couleur de peau devait ici encore l'en empêcher.

Wed Jun 02 14:09:02 +0000 2021